Productivité des cabinets comptables : le recul est déjà bien engagé malgré tous les efforts de dématérialisation !

Productivité des cabinets comptables : le recul est déjà bien engagé malgré tous les efforts de dématérialisation !

13 septembre 2023 Non Par RCA Consulting

La productivité dans le secteur des services en France est sur une tendance baissière depuis plusieurs années. Selon l’INSEE, entre 2000 et 2019, la productivité horaire du travail dans les services marchands n’a augmenté que de 0,4% par an en moyenne, contre 1,3% par an dans l’industrie. Et dans les cabinets comptables ?

Cette faible croissance de la productivité dans les services s’explique en partie par la nature même des activités de services, qui reposent davantage sur le travail humain que sur des gains de productivité liés à la technologie et à l’automatisation.

Pourtant, l’avènement des outils numériques laissait espérer des gains de productivité majeurs dans ce secteur.

Nous allons voir que le secteur comptable n’y échappe pas ! Les statistiques ci-dessous sont imparables…


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Le monde « idéal et promis » des gains de productivité

L’arrivée des technologies de l’information et de la communication (TIC) à partir des années 1990 et des outils SaaS ont fait naître de grandes attentes en termes de gains de productivité, y compris dans le secteur des services.

L’informatisation des tâches administratives et comptables, la dématérialisation des échanges, le développement du e-commerce, l’utilisation d’intelligence artificielle pour l’analyse de données, etc. laissaient envisager des gains de productivité spectaculaires.

Et même la fin du travail…

Certains experts prédisaient même la « fin du travail« , imaginant des services entièrement automatisés nécessitant peu de main d’œuvre. Dans ce monde idéal, les nouvelles technologies devaient permettre de produire plus avec moins de ressources grâce à l’optimisation des processus.

Elles promettaient aussi l’émergence de nouveaux services à forte valeur ajoutée. N’est-ce pas ce qui est le « paradis promis » par la Facture Electronique dans le monde des cabinets comptables ?

Nous allons également voir plus loin ce qui se passe en Italie qui a des années d’avance sur la France sur ce sujet.

Oui mais voilà…

Cependant, les entreprises de services se sont aussi retrouvées confrontées à des difficultés de recrutement, entraînant une pénurie de ressources humaines qualifiées.

Parallèlement, les procédures et la bureaucratie se sont multipliées avec la complexification des réglementations, notamment dans des domaines comme la conformité ou la sécurité des données.

Les collaborateurs ont vu leur charge administrative s’alourdir, réduisant d’autant le temps consacré aux tâches à plus forte valeur ajoutée. Ces éléments sont venus contrecarrer une partie des gains de productivité théoriquement permis par les nouvelles technologies.

La réalité des faits et des chiffres

Dans les faits, les gains de productivité tant attendus ne se sont pas concrétisés à la hauteur des espérances dans le secteur des services en France si l’on se réfère à la première statistique indiquée en sous-titre de cet article !

Et pas plus dans les cabinets…

Chez les cabinets d’expertise comptable par exemple, la productivité stagne ou baisse depuis plusieurs années. D’après une étude Xerfi citée par le magazine Les Echos en 2021, leur productivité a baissé d’environ 10% entre 2010 et 2019.

Plusieurs facteurs explicatifs sont avancés : la raréfaction des ressources humaines qualifiées nécessitant plus de temps de formation, la complexification des procédures administratives et déclaratives, ou encore la difficulté à répercuter totalement dans les prix de vente les hausses de salaires.

Une étude menée en 2020 par l’Ordre des Experts-Comptables auprès de 3000 cabinets confirme cette tendance, avec une baisse de la productivité de 8% entre 2015 et 2019.

Ce phénomène semble spécifique à la France, alors que la productivité des cabinets d’expertise comptable continue d’augmenter dans les pays anglo-saxons. Au Royaume-Uni par exemple, leur productivité a cru de 9% entre 2015 et 2019 selon une étude du cabinet Corporation Tax.

Une vidéo du même Xerfi « dénonce » la promesse des gains de productivité grâce aux nouvelles technologies digitales :

Nous avons plus récemment analysé les statistiques du magazine La Profession Comptable : leur classement des 250 premiers cabinets français est précieux à ce titre !

Que nous révèlent les cinq dernières années de comparaison sur le ratio (imparfait) de productivité suivant = CA/Effectif ?

Source taux inflation : Eurostat

On constate donc que ce ratio a même légèrement diminué dans un contexte d’inflation cumulée de 16% alors qu’il aurait dû se situer à plus de 111K€ pour simplement préserver son niveau en euros constants !

Le millésime 2021 est un « accident statistique » qui témoigne à notre sens des honoraires exceptionnels facturés par les cabinets pendant l’année du Covid.

Le rêve de produire plus avec moins de ressources est battu en brèche… Par exemple dans les cabinets comptables, les effectifs n’ont pas arrêté d’augmenter (malgré la pénurie) mais leur nombre et surtout leurs coûts dégradent le ratio cité ci-dessus.


Tous nos livres blancs sur la productivité des cabinets

Des facteurs explicatifs variés…

>>> D’abord sur le numérateur du ratio

On remarquera qu’en 2003, les honoraires moyens par dossier de l’expertise comptable étaient proches de 4000€ : en 2022, selon nos estimations, c’est plutôt 2400€ ce qui équivaut à une baisse de -40% en 20 ans !

Si on ajoute l’inflation cumulée de +32% sur la période, les 4000€ auraient dû devenir 5280€ : il nous manque 55% de cette valeur en 2022…

On notera que le chiffre d’affaires du classement cité ci-dessus inclut le commissariat aux comptes (assez présent dans les plus grands cabinets) qui a souffert ces dernières années (environ -13% sur les cinq ans). Mais cela n’explique pas tout.

En expertise comptable, les cabinets (et leurs collaborateurs) ont donc besoin de produire deux fois plus de dossiers pour juste maintenir le chiffre d’affaires de 2003 en euros constants. Or on sait bien que la multiplication des plus petits dossiers fait mécaniquement baisser la productivité et la rentabilité d’un cabinet du fait des complexités dont on parle plus bas.

>>> Ensuite sur le dénominateur du ratio

Les explications sont multifactorielles et nous ne prétendons pas toutes les citer ci-dessous.

Tout d’abord, de nombreux services reposent avant tout sur le travail humain en interaction avec le client, difficilement automatisable. Il en est ainsi par exemple des approvisionnements de pièces comptables des clients vers leurs collaborateurs dans un cabinet, ce qui crée des frictions dans le processus productif de la mission comptable et fiscale.

Les cabinets comptables se sont eux aussi retrouvés confrontées à des difficultés de recrutement, entraînant une pénurie de ressources humaines qualifiées.

Cette pénurie profite aux salariés, le turn-over augmentant mécaniquement ainsi que les prétentions salariales : une évolution de +5% en moyenne par an est constatée chez beaucoup et ce dans toutes les régions (les grandes métropoles sont très impactées par le phénomène).

Le point de départ de cette pénurie ? Des phénomènes sociétaux mais aussi certaines causes propres à la Profession Comptable dans laquelle l’attractivité diminue proportionnellement à l’augmentation des difficultés à terminer de douloureuses périodes fiscales : pression, stress, fatigue, démotivation, départ…

Et la boucle s’auto-entretient…

Parallèlement, les procédures et la bureaucratie se sont multipliées avec la complexification des réglementations, notamment dans des domaines comme la conformité ou la sécurité des données.

Mais aussi la multiplication des tâches sans aucune valeur ajoutée : par exemple comme en Italie où la Facture Electronique demande des contrôles réguliers de la part des clients et des collaborateurs pour s’assurer du bon fonctionnement du système.

La France et l’UE s’y entendent pour multiplier les contrôles et les fonctionnaires, qui au final travaillent au détriment du service au client…

Les collaborateurs ont vu leur charge administrative s’alourdir, réduisant d’autant le temps consacré aux tâches à plus forte valeur ajoutée.

Ainsi, le rêve des gains de temps et des stratégies de développement de nouveaux services ou conseils ne s’est concrètement pas réalisé chez nos voisins transalpins depuis 2019 avec l’avènement du dispositif complet de la FE, et ce malgré une technologie plus simple que ce qui est envisagé en France !

Pourquoi en serait-il différemment en France qui va multiplier les PDP, les OD etc…?

Tous ces phénomènes sont venus contrecarrer une partie des gains de productivité théoriquement permis par les nouvelles technologies.

Par ailleurs, les technologies ne produisent pas mécaniquement des gains de productivité : elles doivent s’accompagner de changements organisationnels (basés sur des méthodes innovantes) et managériaux adaptés (coaching des RH), ce qui n’a pas toujours été le cas.

Et dématérialiser (ou automatiser) ne signifie pas obligatoirement optimiser

C’est ce que nous mettons en oeuvre dans nos missions « Chaîne Critique » qui permettent de réaliser des gains de +30 à 40% de productivité en période fiscale.

Et ce quelques soient les outils de production utilisés !

Comment sortir de cette baisse tendancielle

Les fausses solutions

Voici exactement tout ce qui ne marche pas depuis des années :

1. Acheter le meilleur logiciel de comptabilité du marché au Congrès annuel de l’OEC

2. Accumuler encore plus d’outils « magiques » de gain de productivité

3. Planifier d’avance dans les agendas des collaborateurs sur les 5 mois de la période fiscale

4. Croire que des gains de productivité locaux dans la chaîne de production se répandront dans toute la chaîne et réduiront les temps et les délais en bout de chaîne

5. Croire sur parole les gains de productivité promis par les éditeurs 😉

6. Compter sur la prochaine facture électronique pour résoudre tout les problèmes

7. Penser que le marché actuel pénurique (RH) va se retourner en faveur des cabinets et que l’attractivité du secteur comptable s’améliorera comme par magie…

Parfois contre-intuitif mais tellement vrai sur le terrain…

Les vraies solutions

Pour inverser la tendance et relancer les gains de productivité dans les services, l’accent doit être mis davantage sur l’organisation du travail, la formation des salariés et le management (coaching fréquent des RH clés) que sur les seules innovations technologiques.

>>> Le cocktail des gains de productivité c’est : outils + méthodes + coaching des RH !

Le moindre ingrédient manquant ruine les efforts des cabinets… et la méthode, supportée par les outils, doit être coachée méticuleusement et ses effets mesurés en temps réel (gains de productivité).

Dans les cabinets d’expertise comptable par exemple, l’automatisation de certaines tâches (comptabilité, paye, déclarations fiscales) doit procurer un fort gap de productivité (+20 à +50%) organisationnel et managérial afin de libérer du temps afin d’accompagner de la montée en compétences des collaborateurs sur des missions à plus forte valeur ajoutée (conseil financier, accompagnement des dirigeants).

La refonte des processus métiers et la définition claire des rôles de chacun permettraient aussi d’éliminer les tâches à faible valeur ajoutée chronophages. Si l’Etat n’en remet pas des couches…

Enfin, un management basé sur la responsabilisation et l’autonomie des équipes, plutôt que sur le contrôle, favoriserait l’engagement et la performance. Les nouvelles méthodes de travail hybrides pourraient aussi améliorer la productivité en réduisant les temps de transport.

Certains outils technologiques récents offrent également un vrai potentiel de gains de productivité, à condition de les intégrer dans une refonte plus globale de l’organisation et des méthodes de travail.

L’obligation de facturation électronique entre entreprises d’ici janvier 2026 (si ce délai est tenu ?) va par exemple automatiser l’enregistrement et le traitement comptable des factures. Mais il faudra revoir en parallèle les processus internes de validation et circulation de l’information pour éliminer les tâches redondantes et les sources d’erreurs. Il y a de la route à faire…

L’intelligence artificielle commence aussi à être utilisée par les cabinets d’expertise comptable pour certaines activités de production comptable ou pour l’analyse prédictive des données clients (voir notre lettre Xpert-IA). L’IA n’est pas une concurrente mais un outil de plus dans la panoplie des cabinets !

Mais son impact dépendra de son intégration dans les logiciels métiers et les procédures de travail. Ses bénéfices seront limités si elle ne s’accompagne pas d’une optimisation des circuits de validation et de prise de décision.

De même, le développement du conseil en ligne via des chatbots peut améliorer la productivité commerciale. Mais il ne remplacera pas totalement la dimension humaine dans la relation client. Son efficacité dépendra donc de son articulation avec les collaborateurs en contact direct avec les clients.

En somme, les innovations technologiques doivent venir en appui de transformations structurelles plus profondes. Elles ne généreront des gains de productivité pérennes que si les directions opérationnelles et fonctionnelles travaillent main dans la main pour revoir conjointement les organisations et les modes de management.

Il s’agit aussi de placer l’humain au cœur des organisations en redonnant du sens au travail des collaborateurs. Cela passe par une plus grande autonomie, des perspectives d’évolution professionnelle, et la participation aux décisions opérationnelles.

Le développement de collectifs de travail auto-organisés autour d’objectifs communs peut être une piste intéressante. En rendant les collaborateurs acteurs du changement, de telles démarches facilitent l’adoption des outils technologiques et leur appropriation au service de la performance collective.

A la recherche de la productivité perdue…

La faible croissance (voire la décroissance) de la productivité dans le secteur des services en France montre que les technologies ne sont pas une potion magique pour générer mécaniquement des gains spectaculaires.

Si elles permettent d’automatiser certaines tâches et d’offrir de nouveaux services, leur impact dépend in fine de choix organisationnels, managériaux et stratégiques adaptés.

Plutôt que de miser uniquement sur les innovations technologiques, les entreprises de services devraient renforcer les compétences de leurs collaborateurs et leur autonomie, refondre leurs processus et modes de management pour plus d’efficacité collective.

Le capital humain reste plus que jamais créateur de valeur dans une économie de services reposant avant tout sur la relation client.

Les nouvelles technologies doivent donc être considérées exclusivement comme des outils facilitants au service d’une performance durable, et non comme une fin en soi.

C’est en repensant en profondeur l’organisation du travail et les modes de management, plutôt qu’en multipliant les gadgets technologiques, que le secteur des services en général et de la comptabilité en particulier, parviendra à relancer significativement ses gains de productivité en France.

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